Analyser la diplomatie publique chinoise, Zhao Alexandre Huang nommé membre de l’Institut Universitaire de France.

Zhao Alexandre Huang est maître de conférences HDR en science de l’information et de la communication au laboratoire DICEN (Dispositifs d’Informations et de Communications à l’Ère Numérique). Il a effectué sa thèse de doctorat en 2010 à la COMUE Université Paris-Est et son habilitation à diriger des recherches à l’Université Bourgogne Europe en 2026. Il s’est spécialisé sur la communication d’influence et sur la diplomatie numérique. Il est également le coordinateur du projet ANR/RGC PubDiplo, autour de la transformation de la diplomatie publique et de la gestion de la réputation entre la France et la Chine à l’ère numérique.
« Je travaille sur la communication d’influence et sur la diplomatie publique, c’est-à-dire la communication faite par les États mais aussi leurs différents relais à direction de l’étranger. Particulièrement, je m’intéresse à la communication numérique de la Chine qui constitue mon principal terrain d’étude. Mon objectif est de comprendre et d’expliquer les transformations de la diplomatie publique et donc de la façon dont les États s’adressent et façonnent leur influence auprès du grand public étranger à partir de l’exemple chinois. La figure traditionnelle du « diplomate en costume » au discours alambiqué laisse la place à une multiplication des approches et des canaux, particulièrement autour des différents réseaux sociaux, chinois ou états-uniens, et de leurs formats respectifs. Mes recherches visent ainsi à comprendre qui façonne, participe et consomme ces communications et les effets produits. »
C’est dans le cadre de ces travaux que le chercheur a déposé un projet auprès de l’Institut Universitaire de France autour de la numérisation de la diplomatie publique chinoise comme un observatoire des transformations contemporaines de la communication internationale. Il y étudie la manière dont les dispositifs numériques, institutions et publics connectés reconfigurent la production, la circulation et la légitimation des récits diplomatiques.
« Le projet « Diplomatie du panda et du loup-guerrier : la numérisation de la diplomatie publique chinoise et sa subtile propagande en réseau » que je vais effectuer dans le cadre de l’Institut Universitaire de France est consacré à la diplomatie publique et numérique à destination de la France et de l’Europe. Je vais m’intéresser à plusieurs grands axes de cette diplomatie, comme la diplomatie du panda, à laquelle j’ai consacré un article dans The Conversation sur son volet numérique ou à la diplomatie du loup-guerrier, c’est-à-dire une conception du rôle de diplomate qui sort de sa retenue et intervient dans le débat public local, parfois même de manière virulente. »
Pour comprendre les transformations de la communication et de l’image de la Chine aujourd’hui, il faut également étudier les acteurs non-étatiques et étrangers, ainsi que les publics spécifiques qui peuvent être visés.
« La Chine comme beaucoup d’autres acteurs internationaux s’appuient de plus en plus sur les influenceurs et créateurs de contenus, y compris étrangers. On a vu ces dernières années se multiplier les vlogs de voyage en Chine d’influenceurs européens ou américains, de contenu portant sur la Chine, sa culture, etc. Si cela répond à des effets de modes similaires à ce qui se produit avec le Japon ou la Corée du Sud, il est intéressant d’analyser comment le pays facilite ou incite ces contenus et les intègre dans la fabrication de son image internationale.
A l’opposé de ces contenus produits par des Français à destination des Français, un autre point du projet est d’analyser les réseaux et communication de la Chine à destination de sa diaspora en France. »
Au cœur de ces sujets se trouvent également la question de la souveraineté numérique. L’écrasante majorité des réseaux sociaux sont détenus par des compagnies états-uniennes et chinoises.
« Les réseaux sociaux sont devenus un point central de la diplomatie publique. Les acteurs étatiques traditionnels ne sont pas les seuls qui y participent, on retrouve toute une galaxie d’acteurs qui agissent en réseau. Bien sûr, la question de la propriété de ces réseaux et des algorithmes qu’ils utilisent est au cœur des réflexions sur l’influence et l’ingérence. On parle beaucoup de l’utilisation de TikTok et des autres réseaux chinois par la Chine, mais il y a aussi une utilisation très poussée des réseaux états-uniens. Je m’intéresse notamment à la présence de la Chine sur X.
La Chine constitue un observatoire passionnant pour comprendre comment la communication internationale évolue et se transforme, vers des approches de plus en plus subtiles. Comment les états cherchent à exister et convaincre sur des plateformes qu’ils ne contrôlent pas forcément. »
« Mes travaux à l’IUF s’appuient sur le projet PubDiplo, un projet collectif porté par le laboratoire DICEN et AI and Media Research Lab de la Hong Kong Baptist University qui adopte une approche comparée sur la transformation de la diplomatie publique et de la gestion de la réputation entre la France et la Chine à l’ère numérique. »
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