Recherches

Vélo, en piste pour une bonne conduite

Après deux mois de confinement et le retour des beaux jours, un vent de liberté souffle de nouveau sur la France. Pour sortir, se déplacer ou se rendre au travail, beaucoup de citadins optent pour la bicyclette afin d’éviter les transports en commun et respecter la distanciation physique. Se (re)mettre en selle n’est pas évident ni facile pour tous selon les situations. À l’occasion de la journée internationale du vélo, le 3 juin, zoom sur le travail des chercheurs de l’Université Gustave Eiffel qui ont déjà étudié les cyclistes dans leurs comportements social, psychologique mais aussi en circulation.

Grèves en décembre, mesures de distanciation physique, coup de pouce gouvernemental, l’alignement des planètes semble très favorable au développement de la petite reine en ville. L’État a annoncé tripler son budget alloué au plan vélo, porté désormais à 60 millions d’euros. En dehors de l’aide 200 euros (jusqu’à 500 euros selon les régions et collectivités) pour l’achat d’un VAE, vélo à assistance électrique, une aide financière de 50 euros est accordée jusqu’à la fin de l’année, sur toutes les factures de remise en état à condition d’aller chez un réparateur agréé. Mais l’engouement actuel pour le vélo sera-t-il durable ? « C'est la grande interrogation. Nous sommes encore dans l’effet post-confinement, explique Nadine Chaurand, chargée de recherche au sein du Laboratoire de Psychologie et Ergonomie Appliquées (La-PEA), au département Aménagement Mobilité Environnement (AME) de l’Université Gustave Eiffel. Le grand test commencera en septembre pour mesurer la motivation des cyclistes. Il y aura eu deux grandes vagues de rupture des habitudes avec le confinement après les grèves de décembre et l’interruption estivale. Les recherches montrent que dans le report modal, lorsqu’il est contraint, une grande partie des gens reprennent leurs anciennes habitudes quand la situation revient à la " normale " ». 

3 % des déplacements quotidiens à vélo

Cette fois, entre les convertis au cycle du mois de décembre et ceux du post-confinement, l’augmentation de la population cycliste pourrait  être exponentielle et durable. D'autant que le Cerema (Centre d'études et d'expertise sur les risques, l'environnement, la mobilité et l'aménagement), les municipalités et la FUB (Fédération française des usagers de la bicyclette) souhaitent que les aménagements urbains actuels ne soient pas transitoires et que le plan vélo ne soit pas non plus temporaire. Reste à tous les usagers de trouver leur place sur la chaussée. Bus, camions de livraison, automobiles, motos, trottinettes, vélos… Le partage de la voirie ne s'improvise pas, et même « vivre ensemble » s’apprend.

En France, 3% des déplacements quotidiens s’effectuent à bicyclette mais c’est en zone urbaine qu’elle est la plus prisée notamment par les actifs pour des trajets domicile-travail. Or, un cycliste ne maîtrise pas forcément les règles de circulation. « Nous avons déjà interrogé des cyclistes face à une situation donnée, par exemple, face à un panneau. La réponse n’est pas toujours la même s’ils sont titulaires du permis de conduire ou non. Le comportement dépend de leur connaissance du code de la route, tout du moins du "code de la rue", liée à la pratique en ville, observe Nadine Chaurand. Pour un cycliste, l'acquisition des connaissances et de l’expérience est primordiale car elles induisent un processus psychologique différent dans leur perception du risque ». Selon la chercheuse, un novice devra réfléchir à sa stratégie là où un expert aura acquis des « prêt-à-penser », c’est-à-dire des automatismes face à une situation.

Un guide des indispensables de la conduite à vélo

Pour se donner de l’assurance et être en confiance en selle, le cycliste doit pratiquer, tout comme un conducteur de voiture. En l’absence de permis vélo en France, il existe néanmoins des vélo-écoles ouvertes au primo-apprenants ou pour les personnes sachant pédaler mais qui ne circulent pas ou peu. La Fédération française des Usagers de la Bicyclette en compte 133 dans son réseau à ce jour mais il y en a des dizaines d’autres sur le territoire non affiliées, les vélo-écoles étant souvent gérées par des associations ou des bénévoles. Florence Boillot et Pierre Vinant, du laboratoire GRETTIA (Génie des Réseaux de Transport Terrestres et Informatique Avancée) du départe-ment COSYS, ont sorti fin mai une synthèse intitulée « Les indispensables de la conduite à vélo en ville ». Ce guide, issu du projet « Nouveaux Cyclistes Urbains » à paraître à l’automne, en partenariat avec la FUB et financé par la région Ile-de-France, est destiné à aider tous ceux qui veulent apprendre ou se perfectionner dans la circulation à vélo en ville. « La plupart des communications sur le vélo font peur aux cyclistes (potentiels) alors que la pratique du vélo fait gagner en espérance de vie. Ce guide se veut au contraire positif et cherche à aider les personnes à surmonter les difficultés qui sont réelles mais sans faire peur inutilement, assure Florence Boillot. Ce document est constitué de deux grandes parties : l’une consacrée aux situations de vigilance accrue et l’autre aux principes fondamentaux ». En bon guide des bonnes pratiques, cette synthèse est illustrée par de nombreux dessins et photos très pédagogiques et explicatifs.

Le casque réduit de 70% le risque de blessures graves à la tête

Être attentif, observer son environnement, ne pas téléphoner, éviter les angles morts, être visible par des dispositifs lumineux ou réfléchissants… Si beaucoup de ces principes reposent sur du bon sens, un rappel demeure utile pour ne pas se mettre en danger. « Le but reste d’apprendre à éviter l’accident », résume Florence Boillot. Car si les cyclistes sont peu victimes d’accidents mortels, ils doivent rester prudents, étant peu protégés physiquement. Une étude de l’Ifsttar, publiée en 2012 et menée sur 11 années de données de 1998 à 2008 dans le Rhône, révèle que la pratique du vélo reste 5,5 fois moins risquée qu'à deux-roues motorisés. Après analyse des données liées à la gravité des accidents, il est constaté que le casque réduit de 70% le risque de blessures sérieuses à la tête. Son port est donc fortement recommandé.

Une autre étude, menée par Emmanuelle Amoros, chargée de recherche au sein de l’Unité Mixte de Recherche Épidémiologique et de Surveillance Transport Travail Envi-ronnement (UMRESTTE) et l’Université Lyon 1, estime en 2016, que 63 000 accidents de cyclistes toutes gravités confondues ont eu lieu en France, comparés à 23 000 piétons. Alors que les vélos ne représentent que 2 à 3% des trajets contre 23% pour la marche à pied (Enquête Nationale Transports et Déplacements). La plupart des accidents de cycle ont lieu en ville mais ceux en campagne sont plus graves. « Entre 60 et 70 % des acci-dents sont causés par le cycliste seul, qui peut faire une chute (nid de poule, rail de tram-way, sac au guidon…). Ceux-ci sont moins graves que contre un véhicule motorisé », précise Emmanuelle Amoros. 

Au sein de l’Université Gustave Eiffel, d’autres équipes travaillent sur des sujets plus concrets, notamment avec un simulateur de vélo. Stéphane Caro, ingénieur de re-cherche au sein du COSYS et du laboratoire PICS-L, a participé récemment au projet ANR CYCLOPE : « L’expérimentation portait sur un dispositif qui alerte les cyclistes à l’approche d’un bus. Le but était d’évaluer l’impact du dispositif d’alerte sur le comporte-ment des cyclistes et sa facilité de compréhension et son acceptabilité ». Ainsi une cin-quantaine de participants a été appelée à pédaler sur un vélo fixe, face à des écrans géants simulant un parcours urbain, en suivant les consignes du chercheur. Demain, la protection des cyclistes pourrait aussi être améliorée grâce à un équipement spécifique augmentant la détection des radars anti-collision des véhicules. 
Hormis les expérimentations en laboratoire, le simulateur, équipement unique en France, est régulièrement présenté lors d’événements internes ou externes.

Conseils pratiques

Avant de se mettre en selle, quelques précautions et vérifications s’imposent. Le vélo doit être équipé :

  • d’un avertisseur sonore (sonnette), le signal doit être entendu à 50m au moins.
  • d’un feu de position blanc à l’avant, rouge à l’arrière, la nuit
  • de catadioptres, blanc à l’avant, rouge à l’arrière
  • de freins avant et arrière en état de fonctionnement
  • d’un dispositif réfléchissant orange sur les pédales
  • casque obligatoire pour les moins de 12 ans et fortement recommandé au-delà
  • port du gilet réfléchissant obligatoire pour le cycliste (+ éventuel passager) lors d’un déplacement hors agglomération de nuit ou en faible visibilité. En journée, port de couleurs vives recommandé.
  • pas de casque/écouteur sur les oreilles

Le non-respect de ces obligations peut entrainer une amende qui peut monter jusqu’à 75 euros.

Source : https://demarchesadministratives.fr/demarches/les-equipements-obligatoires-a-velo

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