Vie étudiante

L’évolution du mouvement queer : regard à l’instant T par Xavier Lemoine

Xavier Lemoine est maître de conférences à l’Université Gustave Eiffel où il enseigne la Civilisation contemporaine des États-Unis et le théâtre des États-Unis. Spécialiste des questions queer à travers ces prismes, il nous livre, à l’occasion du mois des fiertés, son regard sur l’évolution du mouvement LGBTQIA+.

Comment avez-vous commencé à vous intéresser à ce sujet et sur quoi travaillez-vous aujourd’hui ?

J’ai d’abord été sensibilisé aux questions théâtrales et de la représentation de l’homosexualité par les pièces de Tennessee Williams et notamment par son grand succès de 1947, Un Tramway nommé désir. Puis, j’ai choisi mon sujet de thèse « Naissance et développement du théâtre queer aux États-Unis » dans les années 1990, à un moment où explosaient les réflexions sur la représentation des identités sexuelles au théâtre, inspiré notamment par la théorie queer.

Actuellement, j’organise plusieurs manifestations scientifiques dont la prochaine est un colloque international sur le théâtre et la ville où nous aurons le plaisir de discuter, entre autres, des questions de genre et de sexualité dans les dynamiques urbaines contemporaines.

Qu’est-ce que le mouvement queer et comment a-t-il évolué ?

Ce mouvement cherche à inclure les différentes facettes des personnes qui s’identifient à une sexualité ou un genre non-normatif et à une réflexion critique sur les dynamiques de pouvoir au sein de la société mondialisée. Le sigle LGBT, devenu LGBTQ puis LGBTQIA+, résume les évolutions paradoxales du mouvement gay et lesbien. D’un côté, ce « + » permet un positionnement inclusif nécessaire, mais il est aussi un point de faille signalant l’impossibilité de remplir la promesse d’une véritable inclusivité lisible et compréhensible.

À l’époque des émeutes de Stonewall en 1969, les personnes engagées pour lutter contre l’oppression des minorités sexuelles comptaient déjà les communautés clés du mouvement actuel. La fameuse intersectionnalité, qui consiste à réfléchir à la façon dont les identités sont complexes, parce qu’elle résulte de jeux de pouvoir multifactoriels était là, en germe. Ce qui est le plus frappant actuellement, c’est la prise de conscience de la complexité de ces enjeux et le refus d’effacer des groupes au profit d’un autre.

Quel regard portez-vous sur l’évolution des prides ?

Elles se sont multipliées et divisées ! Ces prides alternatives (comme celle organisée par le Parlement Étudiant à l’Université Gustave Eiffel) sont très intéressantes car elles sont le signe d’une remise en question d’une version officielle de la marche des fiertés, elles tentent d’inventer autre chose : c’est une bonne chose. Elles sont souvent fondées sur l’idée que la pride principale est devenue trop consensuelle et cherchent à récupérer le côté plus radical des premiers défilés célébrant les émeutes de Stonewall. Si c’est un geste intéressant, il peut aussi s’avérer problématique parce qu’il peut être l’indice d’un « fantasme » des origines ou, pire sans doute, d'un « pink washing » bon teint.

Quel est votre ressenti personnel, que constatez-vous dans votre quotidien universitaire ?

J’enseigne dans le département d’études anglophones et les étudiants y sont généralement assez ouverts et sensibles aux respects des différences. Les cas de harcèlements existent et il faut toujours être vigilant afin de les combattre, mais j’ai l’impression que les étudiant.e.s trans et non-binaires reçoivent un soutien fort des autres étudiants depuis quelques années. Je pense que cette ouverture et ce respect de personnes LGBTQIA+ reflètent une véritable évolution de la société même si elle reste fragile comme le rappelle le recul des droits des femmes aux États-Unis. De mon côté, j’essaie de promouvoir un rapport ouvert et critique au savoir, de présenter aux étudiant.e.s des idées et opinions diverses qu’ils peuvent choisir de s’approprier.

« Ce qui est le plus frappant actuellement, c’est la prise de conscience de la complexité de ces enjeux et le refus d’effacer des groupes au profit d’un autre. »

Xavier Lemoine, maître de conférences à l’Université Gustave Eiffel 

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