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Livraisons urbaines : une activité bousculée durant le confinement

Neuf semaines de confinement et une France au ralenti : cette période exceptionnelle a montré combien certaines activités étaient primordiales à la vie du pays, comme celles liées au transport-logistique. La chaire Logistics City de l’Université Gustave Eiffel, dédiée à la recherche sur la logistique urbaine, a lancé dès la fin mars une initiative pour connaître l’impact et l’évolution du secteur durant ces semaines. 

Impossible de ne pas étudier une situation inédite pour des chercheurs ! Le confinement a engendré une multitude de questions liée à la crise sanitaire et économique. Il a aussi permis de mettre en lumière les travailleurs visibles et invisibles de la vie quotidienne et notamment tous ceux de la chaîne alimentaire des producteurs aux caissiers, en passant par les transporteurs sans qui l’approvisionnement des commerces restés ouverts et les livraisons aux populations confinées n’auraient pu se faire. 
La Chaire Logistics City de l’Université Gustave Eiffel, soutenue par le groupe immobilier Sogaris et depuis fin avril par Poste Immo, filiale de La Poste, a lancé dès la fin mars un baromètre de la logistique urbaine. Cette étude a été menée sur Paris et la région Île-de-France. « Cette initiative avait pour but de voir l’évolution et le marché durant le confinement mais on va poursuivre après pour voir comment l’activité reprend », explique Laetitia Dablanc, urbaniste, chercheuse et directrice de la chaire. « Nous avons interrogé un panel stable constitué de dix entreprises, allant de plateformes numériques et micro-entrepreneurs à des PME et grands groupes livrant sur Paris, il a permis de dégager des tendances pendant le confinement, précise-t-elle ». Les entreprises sont ainsi interrogées quotidiennement par un sondage bref et anonyme. Un second sondage, hebdomadaire, interroge quant à lui les organisations professionnelles du transport.

Activité en baisse de 30 à 40% à la fin du confinement 

Que révèle ce baromètre ? Avec la fermeture de tous les bars et restaurants et tous les commerces, l’activité francilienne de livraisons et d’enlèvements s’est effondrée de 50 à 60% au début du confinement. Puis, au fil des semaines, des chaînes de fast food et des restaurants ont commencé à proposer des plats à emporter ou en livraison à l’instar du chef Pierre Sang dans le 11e arrondissement de Paris. Des plateformes (comme Deliveroo) ont connu un regain vers la période de Pâques mais l’activité est restée globalement à 30 à 40% plus bas qu’avant le confinement. « Certains transporteurs sont sortis de leurs marchés habituels face à la demande de livraisons d’équipements sanitaires et dans l’alimentaire notamment », indique Laetitia Dablanc. Les Franciliens, las de faire les courses et de cuisiner eux-mêmes ont commandé davantage de plats et se sont aussi tournés vers le e-commerce (informatique, articles de bricolage et de jardinage, épicerie). Malgré tout, le B to C reste plus faible dans notre pays qu’au Royaume-Uni et n’a jamais compensé la chute globale des volumes. « L’impact de la crise sur les entreprises de transport est fort et se traduit par la désorganisation des flux, qui impacte l’optimisation des trajets. On compte davantage de retours à vide », constate notre chercheuse.

Le « monde d’après » en ligne de mire

En parallèle, les transporteurs et livreurs ont dû faire face à de nouvelles conditions de travail : trouver et distribuer des masques et du gel, des denrées pourtant rares, livrer avec de la distance physique, créant parfois des tensions avec les destinataires (exigeant une livraison à l’étage par ex.). Les entreprises ont aussi souffert de problèmes de présence ou de recrutement et comme toutes les entreprises, des problèmes de trésorerie. À noter aussi que sur la période le géant Amazon, devant l’obligation par la cour d’appel de Versailles, de restreindre l’offre de ses produits de ses entrepôts français, les a fermés tout en continuant à livrer en France à partir des entrepôts européens.

Des voies de circulation vidées au trafic de plus en plus dense, tous les professionnels du secteur du fret et de la logistique urbaine ont eu en ligne de mire le 11 mai.

Outre les sujets d’organisation de travail et de reprise progressive de l’activité, les entreprises et tous les professionnels du transport-logistique vont devoir s’appuyer sur cette période de confinement pour réfléchir au « monde d’après ». Pour la chaire Logistics City, la période qui s’ouvre pourra remettre en cause les méthodes pratiquées et la gestion de la supply chain. Elle soulève aussi des questions liées à la place de la technologie sur la gestion des approvisionnements urbains (robots, drones, données massives des flux de marchandises connectées avec celles de la smart city), aux livraisons propres ou encore au bilan carbone de la logistique dans les grandes villes.
 

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