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« Comprendre la robotisation de la voiture en reliant défis technologiques et humains »

Édité par les Presses Universitaires de Valenciennes, Droit et robots : Droit science-fictionnel et fictions du droit est un ouvrage interdisciplinaire auquel trois chercheurs de l'Université Gustave Eiffel ont collaboré. Accessible à un large public, ce livre appelle à une prise de conscience face aux enjeux liés à la transformation digitale de notre monde. Précisions avec Mariana Netto, automaticienne au PICS-L et première auteure d'un chapitre dédié à la robotisation et l'automatisation croissante des véhicules. 

Quelles sont les implications de l'automatisation des véhicules sur la conduite des usagers ? Quelles influences sur la société ? Quelles réflexions sur l’acceptabilité de ces systèmes en lien avec les études actuelles sur la responsabilité en cas d’accident ? Quel(s) rôle(s) de la variable temps, une variable à multiples dimensions (temps d’expérience, temps de conduite, temps de l’accident…) ? Autant de questions posées par Mariana Netto, Jean-Marie Burkhardt et Dominique Gruyer, chercheurs de l'Université Gustave Eiffel, ainsi qu'Andrea Martinesco, doctorante en droit à l'UVSQ, dans un chapitre de plus de 30 pages de l'ouvrage Droit et robots : Droit science-fictionnel et fictions du droit. « Initié par une immersion dans l’univers fictionnel de la technologie automatisée pour la mobilité et traçant un chemin de raisonnement reliant différentes disciplines, ce chapitre aborde les enjeux de la robotisation des véhicules, notamment sous l'angle des différents niveaux d'automatisation1 : des systèmes d'assistance à la conduite comme l'ABS jusqu'à l'automatisation totale en passant par l'automatisation conditionnelle, explique Mariana Netto, automaticienne au PICS-L2. En effet, le danger de la situation pour laquelle le système est conçu pour agir, qui se traduit par le temps restant avant l’accident, est déterminant dans le choix du degré d’automatisation du système – et de son niveau d’intrusion - pour assister le conducteur dans cette situation. Certains systèmes, tels que l’ABS, ont été rendus obligatoires bien avant l’amendement des traités internationaux qui tiennent compte des nouveaux systèmes d’assistance arrivant sur le marché, et voici la raison : le système ABS, agissant à un temps à l’accident très petit, vient en complément et n’interfère pas sur l’action humaine. En contrepartie, en automatique, il y a plus d’enjeux pour concevoir ces systèmes, car les modèles sont fortement non-linéaires. »

« Les machines ne doivent pas changer nos valeurs »

Dans leur texte intitulé Les degrés croissants de robotisation de la voiture, de la conduite manuelle au tout automatisé : points de vue croisés des sciences technologiques, des sciences cognitives, des facteurs humains et du droit, les auteurs rappellent les enjeux liés à la capacité des conducteurs à « reprendre en main le véhicule en cas de situations non gérées par l’automatisme ». Ils détaillent également les défis technologiques et humains de la conception et du développement des aides à la conduite ou encore les questions d'éthique liées à une automatisation totale des véhicules. « Comment faire bon usage des nombreux bénéfices de la technologie tout en imposant les limites nécessaires ? Comment assurer une conception responsable de la technologie ? En tant que concepteur de technologies, il est nécessaire de se poser ces questions, estime Mariana Netto. Par exemple, je ne pense pas qu'un véhicule devrait avoir à choisir qui sauver ou non : les machines ne doivent pas changer nos valeurs. En revanche, notre rôle est de s'assurer que les technologies soient sécuritaires et respectueuses de l'humain, avec une réflexion bien en amont de la conception elle-même. »

Publié le 7 septembre, l'ouvrage Droit et robots : Droit science-fictionnel et fictions du droit a été coordonné par trois chercheurs3 dans le cadre du projet IdEX Droit des robots et autres avatars de l’humain. « Cet ouvrage a pour but de conduire à une prise de conscience, notamment des décideurs, de la transformation digitale de notre monde et des conséquences juridiques, éthiques et sociales de l'arrivée des robots, IA et hommes augmentés. Il a également pour ambition de servir de référence pour la formation des étudiants. » Pour élaborer leur livre, les trois chercheurs ont notamment convié des chercheurs et des enseignants-chercheurs en automatique, en littérature, en psychologie et  en droit à se retrouver lors d'une journée d'étude avant de participer à la rédaction. « Un travail interdisciplinaire formidable et inspirant, assure Mariana Netto. L'éclairage des autres disciplines m’a fait poser un regard nouveau sur la technologie que j’investigue. Aujourd'hui je souhaite développer des algorithmes en m'interrogeant et en anticipant les possibles impacts sur l'environnement dans lequel évolueront les robots. Cette conception éthique et pluridisciplinaire de la science prend de l'ampleur partout dans le monde. Notre université participe à cette dynamique. »


1 Classification SAE (Society of Automotive Engineers) : niveau 0 le véhicule n'est pas automatisé ; 1, automatisation des fonctions d'assistance à la conduite (ABS...) ; 2 automatisation partielle des fonctions centrales (système de maintien sur la voie...) ; 3, automatisation conditionnelle de la conduite ; 4, véhicule essentiellement autonome ; 5, automatisation complète en toutes circonstances. 

2 Laboratoire Perception, Interactions, Comportements & Simulation des usagers de la route et de la rue, issu de la fusion au 1er janvier 2020 du LIVIC et du LEPSIS. 

3 Frédérique Berrod, Philippe Clermont, Damien Trentesaux

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