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Ouverture du Diplôme Universitaire Normalisation, une 1ère en France

Viviane Apied, responsable ministérielle aux normes aux ministères de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires

Stéphane Jock, juriste chez Décathlon.

Avis aux candidats. Nouvelle formation continue de l’Université Gustave Eiffel, le diplôme universitaire « Normalisation au service de la performance et de l’influence des organisations » (NPIO) débutera en février 2022. Impulsé par un groupe de professionnels, il apportera aux étudiants une perspective synthétique et stratégique de la normalisation. Entretien avec deux de ses créateurs : Viviane Apied, responsable ministérielle aux normes aux ministères de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires, et Stéphane Jock, juriste chez Décathlon.

Comment est né ce diplôme universitaire et à quels besoins entend-il répondre ? 

Viviane Apied : C’est une idée que nous avons eu avec Stéphane Jock (Décathlon) et Nicolas Birouste (AFNOR). Ensemble, nous avons créé une association, Les Normalis’Acteurs, dont l’objectif est notamment de promouvoir la normalisation dans l’enseignement supérieur. Tous les jours, nous constatons un manque important de culture de la normalisation dans les entreprises et les pouvoirs publics français. Cela s’explique par un fonctionnement assez complexe de la normalisation et une certaine méfiance vis-à-vis de cet objet qui fait partie du droit souple. Il ne s’agit pas de lois ou d’arrêtés élaborés par les pouvoirs publics et qui sont obligatoires : les normes sont créées par consensus et sont rarement obligatoires. Grâce à sa culture technique, l’Université Gustave Eiffel a tout de suite saisi les enjeux et l’importance de créer une formation sur la normalisation. 

Stéphane Jock : Ce diplôme est une première en France. La normalisation est un sujet très stratégique mais qui n’est enseigné quasiment nulle part car il est à la croisée de plusieurs domaines : ingénierie, droit, économie… Nous ne sommes pas les premiers à insister sur les besoins de formation dans cette thématique : la sénatrice Elisabeth Lamure l’a souligné dans un rapport de 2017.  

« Les normes concernent des bonnes pratiques, l’amélioration de process, la performance des systèmes… »

Pourquoi la normalisation est-elle aussi importante ? 

Stéphane Jock : Les normes sont partout. Elles ne concernent pas uniquement des produits mais aussi les services, le management, la qualité, la responsabilité environnementale et sociétale… Un premier enjeu de la normalisation est d’ordre économique : une entreprise, quelle que soit sa taille ou son secteur, doit prendre en compte la normalisation. Par exemple, pour accéder au marché européen, pour certains produits, il est nécessaire d’avoir le marquage CE qui assure de la sécurité. S’impliquer dans la normalisation c’est aussi un vecteur de réussite et de croissance pour les entreprises. Les normes sont souvent vues comme une contrainte mais elles concernent davantage des bonnes pratiques, l’amélioration de process, la performance des systèmes… Par ailleurs, la normalisation permet la diffusion des innovations de l’entreprise mais aussi le blocage de celles des concurrents : il y a énormément d’échecs français car les entreprises ne font pas de veille sur les normes et se retrouvent bloquées par des standards élaborés par d’autres. C’est là où la souveraineté est un deuxième enjeu majeur de la normalisation : si les référentiels, les standards ou les bonnes pratiques sont créés sans notre participation, nous perdons notre capacité à décider de nos règles. 

Viviane Apied : La normalisation est également un sujet de géopolitique. La Chine fait de la normalisation un instrument de conquête économique, en particulier dans le cadre des « routes de la soie ». C’est aussi un outil très puissant de la Commission européenne pour développer son marché intérieur et sa réglementation. En France, nous sommes souvent seulement réactifs face aux initiatives des autres pays : nous prenons conscience des normes lorsqu’elles deviennent une menace. Il faut que nous prenions plus l’initiative, que nous anticipions davantage. Pour cela, il faut que les dirigeants et les cadres des organisations comprennent comment ça marche. Si vous n’êtes pas présent, les normes se font sans vous et vous devez ensuite vous y adapter si vous souhaitez accéder aux marchés. 

Le système français de normalisation est très bien positionné en Europe et à l’international. Nous suivons particulièrement les travaux internationaux sur la ville durable et intelligente, la biodiversité, ou l’économie circulaire. Des domaines sur lesquels des structures de normalisation internationales ont été créées et sont présidées par la France. Nous suivons également de près les travaux sur la mobilité durable et connectée, les batteries, l’adaptation au changement climatique, la décarbonation de l’industrie, le numérique... Quand vous comprenez la normalisation, vous pouvez vous investir dans votre domaine de compétence et avoir des résultats très concrets.  

« Le point fort de ce diplôme est sa polyvalence, afin d'offrir une vision globale et stratégique de la normalisation »

Qu’apprendront les étudiants avec ce diplôme et à qui s'adresse-t-il ? 

Viviane Apied : Le DU ne sera pas une formation technique, déjà très bien assurée par l'AFNOR, mais apportera une perspective synthétique et stratégique de la normalisation à destination d’un large panel de professionnels. Le point fort de ce diplôme sera sa polyvalence, afin d'offrir une vision globale et stratégique de la normalisation, utilisable dans beaucoup de métiers. Je suis responsable du module consacré à l’intelligence économique et à la géopolitique : nous parlerons de la Chine, des États-Unis, de l’Europe, de puissance et de lobbying... Nous avons également prévu un module qui développera l’application de la normalisation dans des domaines particulièrement dynamiques et en lien avec les spécialités de l’Université Gustave Eiffel : la transition écologique, le numérique, la construction, l’information géographique ou la ville durable et intelligente. 

Stéphane Jock : Des intervenants de grande qualité et d’horizons variés interviendront tout au long de ce diplôme : un ancien ministre, une ancienne déléguée interministérielle à l’intelligence économique, un dirigeant de start-up, un directeur général d’une coopérative agricole… Pour ma part, je suis responsable du module juridique et j’interviendrai en introduction pour parler de l’évolution de la normalisation du début du XXe siècle jusqu’à aujourd’hui. C’est également une formation très pratique avec un stage à réaliser et un sujet d’étude à mener. J’animerai par ailleurs un jeu de rôle où chaque étudiant représentera une entité différente – association de consommateurs, entreprise, laboratoire, pouvoirs publics… - au sein d’une commission de normalisation. Ils devront défendre leurs intérêts tout en arrivant à un consensus pour réaliser une norme… sur une table de camping. 

S'inscrire au DU NPIO
Les candidatures sont à retourner avant le 28 janvier 2022. Début des cours le 4 février 2022. 

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