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Anne de Bortoli, globe-trottineuse récompensée

Chercheure associée du Laboratoire Ville Mobilité Transport (LVMT), unité de recherche conjointe à l’École des Ponts ParisTech et l’Université Gustave Eiffel, Anne de Bortoli a reçu au printemps dernier le Prix jeune chercheur 2020 du Forum International des Transports, think tank de l’OCDE. Elle a été primée pour son étude sur l’impact environnemental des trottinettes électriques partagées à Paris.

Elle a un nom beau comme celui d’une chanteuse lyrique, un port de tête digne d’une danseuse étoile et déjà un début de carrière brillant et prometteur. Pourtant, Anne de Bortoli n’évolue pas dans le milieu artistique mais dans la sphère de l’environnement et des mobilités. Des domaines que la jeune femme aime allier en télétravaillant dans son Lot-et-Garonne natal depuis le confinement.

Cette multidiplômée et multirécompensée a été embauchée comme ingénieure-chercheure technique environnement chez Eurovia, filiale de construction routière, ferroviaire et de plateformes aéroportuaires de VINCI. Un métier plutôt inédit en France, mais aussi dans le monde. « Mon travail consiste à développer la pratique et l’analyse du cycle de vie dans les activités de l’entreprise. L’idée est d’améliorer l’empreinte environnementale de l’industrie routière à l’échelle des matériaux et des technologies », explique Anne de Bortoli.

Rejoindre le groupe lui semblait tout naturel puisqu’il était le mécène de ses travaux de recherches pendant ses années à l’École des Ponts, dont elle est issue et où elle enseigne également. Son poste actuel vient en linéarité avec ses précédents travaux, notamment au Laboratoire Ville Mobilité Transport (LVMT), sa thèse consacrée à l’entretien routier durable et ses envies de jeunesse. Attirée à la fois par la littérature et par la chimie, l’étudiante a finalement choisi une voie qui la mènerait vers l’environnement et la recherche en intégrant l’École des Ingénieurs de la Ville de Paris. « J’ai été assez tôt désireuse de contribuer à l’amélioration de nos modes de vie », évoque-t-elle.

Réduire sa mobilité, un dilemne

Passionnée, Anne de Bortoli pourrait parler longtemps de son travail, des projets professionnels et des voyages… De Berkeley en Californie à Taïwan en Asie, en passant par Patras, en Grèce, de stages en conférences, celle qui a visité une cinquantaine de pays a mis un frein à toutes les missions lointaines, mais pas seulement en raison de la crise sanitaire. « En 2017, en préparant un cours pour l’École polytechnique fédérale de Lausanne, en Suisse, sur l’empreinte écologique des transports, j’ai réalisé que je dépassais largement le seuil des 10 000 km par an en avion, donc je dépassais mon budget carbone ! J’ai été extrêmement déçue car mon mode de vie quotidien reste très bas carbone », raconte-t-elle.

Malgré sa prise de conscience, Anne de Bortoli demeure toujours hésitante : « Difficile de se priver, voire de se pénaliser en tant que jeune chercheur en n’assistant pas aux échanges académiques internationaux : ces interactions sont importantes pour le développement de nos connaissances et de nos travaux, et sources de nombreuses opportunités. Réduire volontairement sa mobilité est un vrai dilemme. Certains amis ont pris cette décision : ils ne prennent plus que le train pour les grands déplacements. »

Pour le moment, pas d’hésitation, la crise du Covid-19 a contraint la jeune femme à rester en France alors qu’elle devait passer l’année 2020 au MIT et bon nombre d’événements internationaux ne peuvent se tenir. Ainsi en mai dernier, la spécialiste de l’évaluation environnementale des transports a dû participer à distance à la cérémonie de remise de prix du Forum International des Transports – OCDE à (ITF), prévu initialement en Allemagne, où elle s’est vue décerner le Prix « Jeune Chercheur de l’Année » pour son étude sur l’impact environnemental des trottinettes électriques partagées à Paris, menée dans le cadre du projet ORNISIM à l’Université de Patras. Répondant aux polémiques et aux débats sur ce nouveau mode de déplacement, les travaux de la chercheure mettent en évidence les écueils actuels mais aussi le potentiel environnemental de l’utilisation des trottinettes dans le paysage urbain.

Anne de Bortoli n’en est pas à sa première récompense. Elle a été doublement distinguée en 2019 par le « Young professionals award » ainsi que le prix « Charles Parey », pour ses travaux de doctorat par l’Association mondiale de la Route.

Chemin faisant, la globe-trotteuse avance petit à petit sur la route de la reconnaissance. Elle ne se déplace pas en trottinette. Cette sportive et rêveuse préfère monter à cheval mais emprunte plus facilement les transports en commun pour ses trajets. La démonstration que le cycle de vie peut être vertueux.

 

Quel impact des trottinettes sur le changement climatique ?
+13 000 tonnes de CO2 équivalent émises sur un an du fait de l’arrivée des trottinettes partagées, du fait de leur faible durée de vie (et donc de l’impact de leur manufacture, principalement leur cadre en aluminium et leurs batteries) et de la gestion de flotte (vans diesel collectant les trottinettes). Difficile de rentre les trottinettes « concurrentielles » du point de vue environnemental car elles remplacent le métro et RER à 60%, la marche et le vélo à 20%, des modes très peu carbonés. En revanche, les trottinettes pourraient être intéressantes du point de vue environnemental dans des pays au mix électrique + carboné comme l’Allemagne, la Pologne, la Chine, certains états américains, et surtout là où elles remplacent des modes plus émissifs : la voiture personnelle, voire le bus.

Prix
2020 – Prix « Jeune Chercheur de l’Année » du Forum International des Transports – OCDE
2019 – Prix « Young professionals », récompensant un auteur de moins de 35 ans, sélection internationale par l’association mondiale de la route
2019 – Prix « Charles Parey » : médaille d’or de l’innovation routière (attribuée tous les 4 ans par le comité français de l’association mondiale de la route) (ex-aequo)
2019 – Nominée au prix de thèse de l’Ecole des Ponts ParisTech
2011 – Bourse de recherche du gouvernement taiwanais dans le cadre du programme « Research and Practical Training in Taiwan »

Portrait chinois
Si vous étiez une ville ? Bordeaux.
Si vous étiez un lieu ? Une forêt.
Si vous étiez un moyen de transport ? Un vélo hollandais.
Si vous étiez une voiture ? La Tesla !
Si vous étiez une invention ? Le moteur à hydrogène vert
Si vous étiez une découverte ? La téléportation.
Si vous étiez une source d’énergie ? Le bois.
Si vous étiez un moyen de communication ? Le courrier.
Si vous étiez un robot ? Wall-E.

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